L’ancien présentateur a envoyé sa lettre de candidature au fauteuil de Pierre-Jean Rémy.
C’est fait: Patrick Poivre d’Arvor a envoyé sa lettre de candidature au fauteuil n°40 de Pierre-Jean Rémy, décédé le 27 avril 2010. L’Académie française a enregistré cette candidature dans sa séance du jeudi 15 mars. L’élection à ce fauteuil est fixée au 26 avril 2012.
L’ancien présentateur du JT de TF1 et romancier aura face à lui Michael Edwards, Thierry de Montbrial et Isaline Rémy (sans lien de parenté avec Pierre-Jean Rémy). Trois autres postulants seront également de la partie: Michel Carassou, Olivier Mathieu, Yves-Denis Delaporte; on peut qualifier ces derniers de «serial candidats»: contrairement à l’usage qui veut que l’on attende au moins une année après s’être déjà porté candidat, Carassou, Mathieu et Delaporte s’étaient inscrits sur la liste des prétendants au fauteuil de Jacqueline de Romilly, l’élection à son fauteuil n’ayant eu lieu que le 1er mars! Mais le règlement de la Compagnie n’exclut presque personne de se porter candidat…
Rappelons également que les immortels peuvent n’élire personne (une «élection blanche»). Avec celui de Pierre-Jean-Rémy, il restera encore trois fauteuils à pourvoir: Jean Dutourd, Michel Mohrt, et Félicien Marceau.
Par Mohammed Aissaoui (http://www.lefigaro.fr/)
Ce soir, seul au haut bout, car il n’a pas d’égaux,
Diego Laynez, plus pâle aux lueurs de la cire,
S’est assis pour souper avec ses hidalgos.
Ses fils, ses trois ainés, sont là ; mais le vieux sire
En son coeur angoissé songe au plus jeune.
Hélas Il n’est point revenu. Le Comte a dû l’occire.
Le vin rit dans l’argent des brocs ; le coutelas
Dégainé, l’écuyer, ayant troussé sa manche,
Laisse échauffer le vin et refroidir les plats.
Car le maître et seigneur n’a pas dit : Que l’on tranche !
Depuis que dans sa chaise il est venu s’asseoir,
Deux longs ruisseaux de pleurs mouillent sa barbe blanche.
Et le grave écuyer se tient près du dressoir,
Devant la table vide et la foule béante,
Et nul, fils ou vassal, ne soupera ce soir.
Comme pour ne pas voir le spectre qui le hante,
Laynez ferme les yeux et baisse encor le front
Mais il voit son fils mort et sa honte vivante.
Il a perdu l’honneur, il a gardé l’affront ;
Et ses aïeux, de race irréprochable et forte,
Au jour du jugement le lui reprocheront.
L’outrage l’accompagne et le mépris l’escorte.
De tout l’orgueil antique il ne lui reste rien.
Hélas ! hélas ! Son fils est mort, sa gloire est morte !
- Seigneur, ouvre les yeux. C’est moi. Regarde bien.
Cette table sans viande a trop piètre figure ;
Aujourd’hui j’ai chassé sans valet et sans chien ;
J’ai forcé ce ragot ; je t’en offre la hure ! -
Ruy dit, et tend le chef livide et hérissé
Qu’il tient empoigné par l’horrible chevelure.
Diego Laynez d’un bond sur ses pieds s’est dressé :
- Est-ce toi, Comte infâme ? Est-ce toi, tête exsangue,
Avec ce rire fixe et cet oeil convulsé ?
Oui, c’est bien toi ! Tes dents mordent encor ta langue ;
Pour la dernière fois l’insolente a raillé,
Et le glaive a tranché le fil de sa harangue ! -
Sous le col d’un seul coup par Tizona taillé,
D’épais et noirs caillots pendent à chaque fibre ;
Le Vieux frotte sa joue avec le sang caillé.
D’une voix éclatante et dont la salle vibre,
Il s’écrie: – O Rodrigue, ô mon fils, cher vainqueur,
L’affront me fit esclave et ton bras me fait libre
Et toi, visage affreux qui réjouis mon coeur,
Ma main va donc, au gré de ma haine indomptable,
Satisfaire sur toi ma gloire et ma rancoeur ! -
Et souffletant alors la tête épouvantable :
- Vous avez vu, vous tous, il m’a rendu raison
Ruy, sieds-toi sur mon siège au haut bout de la table.
Car qui porte un tel chef est Chef de ma maison. -
A Claudius Popelin.
La gloire a sillonné de ses illustres rides
Le visage hardi de ce grand Cavalier
Qui porte sur son front que nul n’a fait plier
Le hâle de la guerre et des soleils torrides.
En tous lieux, Côte-Ferme, îles, sierras arides,
Il a planté la croix, et, depuis l’escalier
Des Andes, promené son pennon familier
Jusqu’au golfe orageux qui blanchit les Florides.
Pour ses derniers neveux, Claudius, tes pinceaux,
Sous l’armure de bronze aux splendides rinceaux,
Font revivre l’aïeul fier et mélancolique ;
Et ses yeux assombris semblent chercher encor
Dans le ciel de l’émail ardent et métallique
Les éblouissements de la Castille d’Or.
Quand l’aigle a dépassé les neiges éternelles,
A ses larges poumons il veut chercher plus d’air
Et le soleil plus proche en un azur plus clair
Pour échauffer l’éclat de ses mornes prunelles.
Il s’enlève. Il aspire un torrent d’étincelles.
Toujours plus haut, enflant son vol tranquille et fier,
Il plane sur l’orage et monte vers l’éclair
Mais la foudre d’un coup a rompu ses deux ailes.
Avec un cri sinistre, il tournoie, emporté
Par la trombe, et, crispé, buvant d’un trait sublime
La flamme éparse, il plonge au fulgurant abîme.
Heureux qui pour la Gloire ou pour la Liberté,
Dans l’orgueil de la force et l’ivresse du rêve,
Meurt ainsi d’une mort éblouissante et brève.

